Race récente issue de croisement entrepris par les Tchèques et les
Slovaques entre le loup des Carpates et le Berger Allemand, ce chien-loup,
reconnu depuis peu par la F.C.I, commence à montrer son nez pointu hors
de ses deux pays d'origine. Il plaît évidemment par son apparence et son
caractère fortement teintés lupoïde, mais montre aussi des dons pour l'utilité
hérités de ses aïeux Bergers. A éduquer avec beaucoup de tact, ce chien
très spécial exerce une grande fascination sur ses adeptes.
UNE
HYBRIDATION RÉUSSIE
Le Chien Loup Tchécoslovaque ou "Ceskoslovenky Vlcak" est avec le Chien
loup de Saarloos une des deux seules races officiellement reconnues nées
de croisement récents entre le chien et le loup, espèces inter fécondes
comme le sont tous les canidés domestiques ou sauvages. L'histoire commence
en Tchécoslovaquie, à la fin des années cinquante, à la section cynophile
des gardes frontières de Libejovice (Bohème du sud), qui comme bien d'autres
unités militaires de par le monde utilise des Bergers Allemands. Afin d'améliorer
les performances physiques et la résistance des chiens, l'idée s'impose
de tenter des croisement avec le loup, puis de consigner les résultats
de l'expérience. L'initiateur du programme est le colonel Karel Hartl,
chef de la section. Les premiers hybrides de la louve Brita et du Berger
Allemand Cesar z Brizoveho haje naissent le 26 mai 1958. Brita est accouplée
ensuite au Berger Allemand Kurt z Vaclavky. Les produits, dont un certain
nombre sont envoyés en Slovaquie, sont testés du point de vue comportement
et endurance, et croisés avec d'autres Bergers Allemands. Les hybrides
de 3e puis 4e génération sont utilisés sans difficultés par l'armée ; certains
civils en entreprennent à leur tour l'élevage.
Une autre lignée est fondée au chenil de la police de Bychory, avec
le loup Argo et la femelle Berger Allemand Astra. La régénération du Berger
Allemand se prolonge dans la création d'une nouvelle race. On commence
à parler de "Chien Loup Tchèque" et les résultats des travaux sont publiés,
rencontrant une nette animosité de la part des amateurs de Bergers Allemands.
Dans les années 1970, le contexte politique général étant des plus critiques
après l'invasion du pays par les troupes du pacte de Varsovie, la plupart
des chiens sont envoyés en Slovaquie, près de Malacky, où ils intègrent
les chenils de la section des gardes frontières de Bratislava. Le major
Frantisek Rosik prend en charge le programme. Un troisième loup, Sarik,
enrichit le cheptel : il est accouplé à deux femelles hybrides. Au vu du
rôle essentiel des Slovaques, qui vont reprendre le flambeau de la sélection
de la race, elle est désormais désignée comme "Chien Loup Tchécoslovaque"
; en Tchéquie, l'élevage périclite, avant de reprendre en 1981 grâce à
des sujets en provenance de Slovaquie. Un dernier apport de loup est opéré
en 1983 avec le croisement du Berger Allemand Bojar von Schotterhof et
de la louve Ledjy. Au total, la race s'est ainsi construite à partir de
quatre loups et de divers Bergers Allemands, se maintenant ainsi dans le
cadre d'une bonne variabilité génétique.
Pendant longtemps, les instances cynophiles tchécoslovaques demeurent
réfractaires à la reconnaissance de la race. Mais c'est enfin chose faite
en 1982, année où un club officiel est fondé ; entre 1982 et 1991, 1 552
chiots sont inscrits au livre d'origines. En 1993, c'est la scission du
pays, en deux états indépendants ; le club se sépare également en deux
groupes, qui chacun prennent en charge l'élevage dans leur pays respectif.
La reconnaissance de la race par la FCI devient totalement officielle en
1994 ; la responsabilité en est confiée à la Slovaquie. Le Chien Loup Tchécoslovaque
intègre le groupe des chiens de bergers, avec épreuve de travail. En France,
il est importé au cours des années quatre-vingt-dix. La race y est encore
des plus rarissimes, avec seulement quelques sujets, comme c'est le cas
dans d'autres pays européens. Mis à part la Tchéquie et la Slovaquie, elle
demeure un peu plus fréquente dans des pays limitrophe comme l'Autriche.
PLUS
LOUP QUE CHIEN
Au titre de l'apparence, ce chien-là ne peut renier ses origines lupoïdes
: l'héritage Berger Allemand est bien peu visible, et plus encore qu'avec
le Saarloos, on a vraiment l'impression de se trouver en présence d'un
loup, du point de vue de la couleur de la robe, de l'aspect général comme
de maints petits détails de conformation qui n'apparaissent pas chez les
autres races et témoignent de la rusticité native de l'animal sauvage.
C'est sans aucun doute ce qui fait la séduction si particulière de ce chien,
et les nombreux admirateurs du loup ne pourront qu'être fascinés et passionnés
par cette ressemblance.
C'est d'abord un chien de grande taille, toisant au minimum 65 cm au
garrot pour les mâles et 60 cm pour les femelles. Un peu plus long que
haut, il est solidement charpenté, avec une musculature sèche, des angulations
moyennement marquées, une ligne de dos très rectiligne et une ligne de
dessous bien relevée. La poitrine n'atteint pas les coudes ; les membres
sont longs, donnant à la silhouette un aspect élancé. Les pieds sont forts
et allongés, les antérieurs légèrement tournés vers l'extérieur : cette
caractéristique, issue du loup, permet une marche aisée dans la neige,
un peu comme avec des raquettes. La queue est pendante au repos, portée
en faucille en action. Les allures sont magistralement identiques à celles
du loup : le trot est élastique, infatigable, très allongé, exécuté avec
une grande économie de mouvement car les pieds semblent à peine quitter
le sol, tandis que la tête et le cou sont portés à l'horizontale.
La tête est triangulaire, vue de face comme de profil, avec un stop
discret, un crâne fort un peu plus long que le chanfrein. L'ossature de
la tête semble "brute", particulièrement solide et épaisse et la truffe
est très large. Les babines doivent impérativement apparaître très sèches
et tendues, et non pas légèrement lourdes comme chez le Berger Allemand.
La pigmentation doit être parfaite et la dentition en ciseaux recherché,
et en tenaille toléré. Les oreilles dressées ont une attache haute : leur
bord externe se situe dans le prolongement de la ligne de l'oeil ; elles
sont un peu moins grandes que chez le BA, mais tout de même légèrement
plus que chez le loup. Les magnifiques yeux obliques, de couleurs dorée,
et leur expression énigmatique, sont par contre ceux du loup. Pas de masque
noir comme chez le BA : le masque est clair entouré de blanc, en rapport
avec la couleur de la robe qui va du gris jaune au gris argenté. Le poil
est court mais extrêmement fourni en hiver, avec une belle crinière au
cou. La face interne des oreilles et des cuisses doit être garnie en fourrure.
SOCIABILISATION
AVANT TOUT
Comme on s'y attendrait, le tempérament du Chien Loup Tchécoslovaque
est fortement inspiré de son aïeul sauvage, ce qui en fait un bon chien
très particulier mais ô combien intéressant. Il se montre extrêmement attaché
à son maître ; mais même s'il lui manifeste de temps à autre sa tendresse,
il ne s'en occupe pas très souvent ; pourtant, il sait toujours en permanence
où il est et ce qu'il fait. Il n'aime pas du tout le perdre de vue. Valérie
du Retail, éleveuse et musher, raconte : "Un jour en forêt, je suis allée
me cacher soigneusement ; une amie a alors lâché mes Chiens Loups. Ils
m'ont immédiatement cherchée, et lorsqu'ils m'ont trouvée, ils sont aussitôt
repartis, sans venir réclamer la moindre caresse ; m'avoir localisée était
très important pour eux mais leur suffisait."
Avec les étrangers, le Chien Loup Tchécoslovaque se montre très réservé,
bien que l'on puisse remarquer qu'il l'est moins envers les femmes qu'envers
les hommes. S'il refuse le contact, regardant la personne avec méfiance,
tête baissée, il ne convient pas de tenter de l'y obliger en forçant la
distance de sécurité que le chien a installée : bien que dépourvu d'agressivité
envers l'homme (c'est justement une des choses qu'il tient du loup),
il pourrait réagir à ce qui serait pour lui une grave menace. Mais si on
le laisse libre de ses mouvements, il peut au bout d'un moment venir à
la rencontre du visiteur tranquille qui ne cherche pas à s'imposer ; le
fait que celui-ci ait été introduit par le maître est également important
pour le chien. Ce n'est pas un gardien typique, mais le Berger Allemand
qui est en lui se fait tout de même parfois entendre : le Chien Loup aboie
un peu pour prévenir lorsqu'une personne se présente. Son aspect est en
outre dissuasif et il a le sens du territoire. Avec les enfants, c'est
un des chiens les plus tolérants qui soit, comme il l'est également envers
les chiots, qui peuvent faire les pires misères à des adultes (même autres
que leurs parents) sans s'attirer de représailles ; il suit en cela le
précepte du loup : les petits sont sacrés. Son fonctionnement social est
évidemment celui de la meute, au sein duquel il vivra selon les principes
de la hiérarchie. Il sait évidemment hurler, et même bien mieux qu'un Husky
: sa voix a alors de magnifiques tonalités rauques et graves, identiques
à celles du loup.
Il convient à l'évidence de bien lui faire entendre très tôt que le
maître est son chef de meute. Mais ce beau sauvage n'est pas réfractaire
à l'obéissance : il peut exécuter des ordres, revenir au rappel (c'est
très important si on le lâche dans la nature car il est plutôt chasseur),
pourvu qu'on ait pris soin de l'éduquer avec une douceur et une patience
évangéliques, et en prenant soin de ne pas le lasser par trop d'exercices
répétitifs. Pour être apprécié d'un Chien Loup il convient d'avoir avec
lui des rapports francs et toujours régis par la justice : il peut admettre
de prendre une correction en cas de méfait avéré, mais il peut dans ce
cas ignorer totalement son maître pendant plusieurs jours, avant que celui-ci
ne parvienne à se rétablir dans sa confiance. Mais la sociabilisation,
de manière encore plus cruciale que pour d'autres chiens, reste le point
capital : très tôt, vers 3-4 semaines, il convient d'accoutumer le chiot
aux humains, aux bruits, puis aux sorties hors de la meute, à la voiture,
etc. Sans quoi des carences comportementales vont s'installer. Pour ne
pas se retrouver couvert de bleus, il importe aussi d'apprendre au chiot
à ne pas tirer les vêtements ni à pincer par jeu, car c'est un comportement
de loup très répandu dans la race.
POUR MAÎTRES-CHIENS
En croisant
loups et chiens, on s'attend à doper la race en question du point de vue
de la robustesse. Et de fait, le Chien Loup Tchécoslovaque est un costaud,
qui ne craint aucune intempérie ni rudesse de climat. Il fait preuve d'une
remarquable capacité de récupération après l'effort. Ses dents sont très
impressionnantes, remarquablement acérées et efficaces, et il montre un
très solide appétit. Les femelles, qui ont leurs chaleurs une fois par
an comme les louves, mettent bas 4 à 6 chiots ; ce sont des mères parfaites
et l'homme n'a jamais à intervenir. La longévité excellente est de 13-14
ans. La dysplasie de la hanche n'est toutefois pas inconnue dans la race.
Ce chien a été conçu dès le départ comme utilitaire, et bien que son tempérament
soit particulier, il est tout à fait capable de travailler, à partir du
moment où cela l'amuse et où il a compris que cela faisait plaisir à son
maître. Les compétences générales de la race, héritées du plus polyvalent
des chiens, sont très diverses, mais dans les faits très inégalement partagés
entre les sujets : certains seront totalement réfractaires à une utilisation,
mais motivés et réceptifs pour une autre. C'est donc au maître à découvrir
à quelle discipline son Chien Loup convient le mieux. C'est ainsi que la
race s'illustre dans des disciplines aussi différentes que le traîneau
(où il peut faire un chien de tête), le pistage, le ring, la recherche
en décombres ou l'obédience. Il pourra ainsi prouver ses capacités physiques
et mentales exceptionnelles au niveau flair, rapidité d'action, vivacité
d'esprit, ou endurance à la course.
Le
Chien Loup Tchécoslovaque demande un maître averti, bien au fait de ses
spécificités. Ce n'est pas un animal de compagnie, et il ne peut être le
premier chien dans un foyer qui n'en a jamais eu. Il n'est pas du tout
fait pour orner un jardin, fut-il vaste, en y restant seul toute la journée
et contraint à l'oisiveté. Il n'est pas typiquement fugueur, sauf le jour
où il a décidé qu'il lui faut absolument sortir : dans ce cas, il peut
faire preuve d'une agilité phénoménale en franchissant 2,50 m de grillage
; seule une clôture éclectique le dissuadera. Il convient donc de lui adjoindre
au moins un congénère, et d'avoir pour lui un vrai objectif d'utilisation.
Si l'autre chien est déjà bien éduqué, l'apprentissage du jeune Chien Loup
en sera d'ailleurs facilité. Lorsqu'on est sûr de pouvoir comprendre sa
psychologie et de lui offrir l'attention nécessaire et le mode de vie adéquat,
on pourra entrer dans le cercle étroit des inconditionnels d'un chien d'exception
qui ne cessera d'étonner son maître et apportera dans son quotidien un
souffle décoiffant d'authenticité et de nature.
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